7 janvier 2018 0 Commentaire

Première rencontre

J’arrivai avec mon cahier, de la colle et des ciseaux demandés par Bénédicte.

Tour de table : Bénédicte commença et je découvris qu’elle avait passé une maîtrise de français à Los Angeles, qu’elle avait gagné des concours de nouvelles et qu’elle pratiquait les ateliers d’écriture depuis très longtemps… Elle était restée grande, large d’épaules (ex-championne de natation), blonde et très élégante avec son poncho en cachemire et ses bijoux de perle (et pas du toc!).

Louise, petite, bien ronde, cheveux au carré et vêtue sans recherche, était titulaire d’une agrégation de lettres classiques délivrée par la Sorbonne. Elle s’était mariée à un suédois et avait exercé pendant près de quarante ans en Suède le métier de traductrice français suédois ou suédois français. Elle présenta son mariage avec humour : « J’aurai mieux fait de me pendre ». Elle nous donna quelques détails sur la Suède qu’elle avait aimée pour ses paysages, le rapport à la nature, à l’écologie très avancé par rapport à la France. Mais elle émit un bémol car elle s’était fait des amis assez difficilement, trouvant que globalement les suédois restaient entre eux et chez eux. Question de climat ?

Marie-Hélène, petite et frêle, timide, était vêtue dans les tons de brun qui rappelaient ses cheveux. Elle avait le même début de parcours : prestigieux avec une agrégation de lettres classiques obtenue à la Sorbonne. Elles réalisèrent avec Louise qu’elles avaient pu s’y croiser. Marie-Hélène avait été correctrice pour Gallimard  pendant une dizaine d’année puis après la fermeture de son département, les éditions « Amour, gloire et beauté » l’avait embauchée. Elle raconta avec beaucoup d’humour le changement de registre. Son employeur voulait sortir du style « eau de rose » pour jeunes femmes romanesques et notre Marie-Hélène avait publié un livre avec des passages érotiques !

Sébastien, grand gaillard assez costaud, était le fils unique de Marie-Hélène. Il avait fait une formation de graphiste aux Beaux-Arts. Il exposait des toiles à l’encre de chine et exerçait un métier très « alimentaire » (cariste) qui lui laissait du temps pour se consacrer à sa passion du dessin et de la peinture et depuis quelque temps, il écrivait. Bénédicte avait su trouver les bons mots pour le convaincre de rejoindre ce groupe de « femmes mûres ». Il était séparé de son épouse qui vivait à Rennes et consacrait régulièrement du temps à ses enfants âgés de neuf et onze ans. Il renvoyait une image de calme et de sérénité face à une situation pas facile à vivre, nous vantant les beautésdes paysages qu’il traversait pour aller chercher ses enfants…

Enfin, Jeanne, grande femme aux cheveux très courts, aux yeux bleus limpides fut celle qui, en se présentant, démontra immédiatement ses talents de conteuse.

« Moi aussi, quand je me suis mariée, j’aurai mieux fait de me pendre ! J’ai pris un amant, j’ai divorcé et je me suis remariée avec mon amant. Nous avons vécu quelques années d’un bonheur indicible mais il est décédé prématurément. J’ai été enseignante, infirmière en libérale puis j’ai fait une formation de conteuse avec un professeur . Je raconte des histoires mais j’en écris beaucoup, inspirées des légendes de la Sologne où j’habite dans une longère isolée. Au beau temps, vous viendrez faire l’atelier là-bas… »

Je me devais de me présenter : mon diplôme d’assistante de service social (niveau licence), ma formation psycho-sociale, les différents postes occupés qui pour certains  exigeaient beaucoup d’écrire mais rien qui soit de la littérature ! Le Roblès, bien sûr, mais c’est de la lecture (prix de Blois-Agglopolys du premier roman). Mes trois enfants dont deux outre-mer en me gardant bien de préciser les fonctions de mon fils aîné compte-tenu des représentations négatives que génèrent sa formation et ses fonctions. Je précisais que j’étais très impressionnée par les parcours et que je craignais de ne pas être à la hauteur. Unanimité : « il faut essayer, tu vas voir (le tutoiement était de rigueur),  nous ne sommes pas dans le jugement et tu peux compter sur notre bienveillance. »

Bénédicte nous interpella : rythme de nos rencontres et lieux et surtout comment baptiser cet atelier. Les idées fusèrent (pas de moi) : Litteralia, Scriberalia, Oulipo 41, Ancre qui s’encre… Le dernier fit l’unanimité car il évoquait un peu la navigation qui avait repris sur notre fleuve que nous aimions tous.

Une ancienne collègue et amie participait à un atelier d’écriture où chacune lisait sa production soumise à la critique du groupe. Je découvris que ça n’avait rien à voir avec ce que j’allais pratiquer. Bénédicte nous donna une bande de feuille : temps 10 minutes. C’était une « colle ».

 

IMAGINEZ LA SUITE ET ECRIVEZ-LA en incluant immédiatement le mot donné par Bénédicte: « Armand se réveilla soudainement et poussa un cri…

Ma production : Un bruit assourdissant lui avait quasiment percé les tympans. Un bruit de bombes, des cris, des hurlements…Armand pensa qu’il avait fait un cauchemar. Depuis qu’il avait visité le musée Sophia à Madrid, il était obsédé par le tableau « Guernica » de PICASSO (mot Bénédicte). Il s’obligea à se détendre et à se consacrer sur le coassement des GRENOUILLES(mot Bénédicte). Demain, il repartirait avec son amie Gaïa, explorer la petite CAVERNE (mot Bénédicte) qu’ils avaient découverte tous deux au cours de leurs pérégrinations estivales. Que c’était agréable ces grandes vacances ! La maman de Gaïa , Maria était une grande amie de sa mère et Armand s’amusait de sa vivacité méditerranéenne et de son italien LANGUE (mot Bénédicte) qu’elle pratiquait avec sa fille. Elle tenait à ce que Gaïa maîtrise le français et l’italien. Armand pensait que sa mère était parfois JALOUSE (mot Bénédicte) de cette richesse apportée à la petite fille. Elle, ne lui parlait qu’en français ! Mais ne faisait pas l’ ECONOMIE (mot Bénédicte) d’un français châtié et précis. Sa mère avait d’ailleurs eu la VOCATION (mot Bénédicte) d’enseigner la littérature. Cette vocation, non assouvie, avait peut-être laissé chez elle quelque amertume. Mais que penser de sa mère ? Autant elle pouvait se montrer gaie et ouverte, autant Armand la sentait parfois IMPENETRABLE (mot Bénédicte) comme habitée d’un tourment, d’un secret… Elle adorait la mer  en bonne fille de marins bretons qu’elle était. Dés qu’elle arrivait à Port-Manech elle achetait le calendrier des MAREES (mot Bénédicte) et avait initié les enfants à la pêche à pied. Armand sentait combien sa mère se détendait pendant ces vacances avec son amie d’enfance Maria. Mais c’était aussi le premier été sans son père… »

 

Bénédicte, que je soupçonne d’avoir voulu me tester, me donna la parole en premier… Je lus… Et les compliments fusèrent…en particulier de la conteuse qui me dit : « Et bien, pour quelqu’un qui pense ne pas savoir écrire, ton texte est quasiment parfait, tu as respecté la consigne. Les mots imposés s’inscrivent très bien. On « voit » les personnages. Belle ouverture à la fin avec un brin de suspense. Il faut que tu te fasses confiance ».

Chacun lut son texte et il est vrai que je n’avais pas à rougir de mon écrit. Mais ce n’était pas fini.

Deuxième colle : AU MUSEE. Un personnage célèbre vient pour la première fois au Louvre et découvre la Joconde ou la Vénus de Milo. Inventez l’interview faite par un journaliste à la sortie du musée.

Je ne vais pas vous transcrire l’intégralité de mon texte. J’imaginais que cette visite était celle de Vladimir Poutine. Comme chacun sait, il est plus intéressé par le sport que par la culture. Je fis un compte-rendu le caricaturant en ignare inculte dont la conclusion sur le Louvre était :

« Ce musée est bien rangé, l’ordre règne et nous en Russie, on aime ça. ». Ca fit bien rire.

Heureusement, il y eut une pause remplie par thés ou cafés et quelques grignotages. On échangea et on fit mieux connaissance. Le courant passait. Chacun semblait heureux. Sébastien me dit : « Tu sais, Bénédicte t’avait quasiment vendue en nous disant que tu étais sympathique, généreuse, que tu t’intégrerais sans souci. Je confirme. » J’en rosis car c’était dit par un jeune homme ! Il y eut encore une colle puis je découvris que pour la prochaine fois, nous devions apporter un devoir.

Le sujet était nettement plus « littéraire » : Un extrait de Marguerite Duras. « Il y a des lieux dans ma mémoire, qui déchaînent des passions très fortes ». Recto-verso, deux voire trois pages. Un exemplaire par personne.

Il ne fallait pas que la lecture du devoir empiète trop sur le temps de rédaction des fameuses colles. Nous échangeâmes nos coordonnées. Je repartis chez moi après un conciliabule avec Bénédicte.

 

 

Laisser un commentaire

Fontaurelle |
Ocima |
Je veux tout lire..Et tout ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les Meilleurs E-Books "...